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L’ idéal serait de produire des animaux sans aucune tare, conformes au standard, en un mot des animaux parfaits ! Hélas la perfection n’est pas de ce monde !
Chez tout être vivant au moins dix gènes sont défectueux, on va donc devoir composer avec l’existant et déterminer quelles sont les tares les moins graves qu’on va être forcé de tolérer dans l’élevage.
Le principal c’est de produire des animaux en bonne santé et non des animaux parfaits puisqu’on n’y arrivera pas !
Les tares héréditaires existantes dans le Staffie sont nombreuses et plus ou moins handicapantes (on peut voir dans le chapitre « Santé » les principales).

Prémices des tares génétiques

Une tare génétique est présente environ dans 15% des sujets dans une population laissée à elle-même (tiré d’un bouquin de génétique quantitative dont je ne me souviens plus du titre). Si l’homme intervient,
il peut accroître ou abaisser cette proportion. Bien souvent au cours de sa sélection il accentue l’occurrence de certaines tares au nom de l’aspect qui constitue la part essentielle du standard ! Par exemple, le Beauceron est à plus de 90% affecté de doubles ergots puisque le sacro-saint standard l’oblige !
Par contre cette particularité a été pratiquement éliminée dans la plupart des races puisque le standard ne le permet pas !
En alourdissant certaines races, l’homme a encouragé la dysplasie et en sélectionnant sur un poil ras associé à une peau grasse, il a encouragé les maladies de peau (démodécie essentiellement). C’est relativement facile de sélectionner sur l’aspect physique où le « défaut » est très apparent, mais ça
l’est beaucoup moins quand celui-ci est caché et qu’il faut avoir recours à une recherche scientifique. Dans le Staffie, race qui nous intéresse ici, il y a bien sûr un tas de tares cachées sur lesquelles un éleveur consciencieux devra agir !

Les défauts les plus communs:


Démodécie : touche plus de 40 % des individus. Mode de transmission largement méconnu, aucun test génétique ne signale les porteurs sains ! Si on écoutait les Américains il faudrait retirer tous les chiens atteints de la reproduction ! Mais cette maladie est en général bénigne.

Dysplasie : plus de 17 % des individus touchés si on en croit les études américaines. Mode de transmission largement méconnu, aucun test génétique ne signale les porteurs sains !


Luxation de la rotule : occurrence inconnue, mais semble relativement fréquente chez le Staffie. Cette maladie ne serait que partiellement d’origine génétique, aucun test génétique ne signale les porteurs sains. Donc si on accepte les prémices il y aurait
environ 15 % de chiens atteints.
Problèmes cardiaques : occurrence inconnue, mais en progression due à l’alourdissement de la race. Pas de tests génétiques connus pour déterminer les porteurs sains, encore 15 %…


Problèmes de dents : courants chez le Staffie, dus à ses ancêtres Bull Dogs. Mode de transmission inconnu, pas de tests génétiques. Ce problème passe quelquefois d’un problème esthétique à un handicap, quand les crocs blessent le palais (30 % pour l’ensemble dont 5 à 10 % environ pour le handicap). Pas de tests génétiques connus pour déterminer les porteurs.
Mode de transmission inconnu.

Monorchidie/ cryptorchidie : environ 5 %, pas de tests génétiques connus, mode de transmission inconnu. Les Allemands ont essayé d’éliminer toute la généalogie chez le Boxer pour supprimer cette tare, de nos jours il y a toujours la même proportion de monorchides / cryptorchides dans la
race ! Cette tare enlève le droit de repro duction aux sujets atteints.


Chiens ayant de graves déviations par rapport au standard : 30 à 40%. Si on élève sur eux la race va dégénérer physiquemen en quelques années !


Porteurs de couleurs à risques et couleurs indésirables : 30 à 40 % pas de tests, conséquences réduites pour la santé des chiens.

Porteurs L-2-HGA, porteurs HC : assez répandus dans la race, tests fiables. Mode de transmission bien connu, permettant de ne
pas produire de chiens.

Comment mener une politique de sélection dans ces conditions ?

Vouloir élever en éliminant toutes les tares est complètement illusoire et conduirait à une extinction rapide de la race, le pool génétique n’est pas assez large même pour éliminer complètement les tares les plus graves !
La toute première préoccupation de l’éleveur de chiens de race est le standard, il est totalement irremplaçable ! Sinon à quoi ça sert de vouloir élever du chien de race, si, sous prétexte de vouloir éviter les tares de
la race, on s’éloigne tellement du standard que les chiens produits n’y ressemblant plus du tout ! Il va donc falloir composer avec les tares, se renseigner au maximum et avoir recours à la science pour élever !
En cela, comme en tout autre domaine dans la reproduction, il faut agir avec beaucoup de précautions et s’abstenir si on ne maîtrise pas parfaitement le sujet !

La reproduction n’est en aucun cas une affaire de débutant, c’est un acte grave qui nécessite de nombreuses connaissances !

Les races de chiens n’ont aucune existence dans la nature, c’est l’homme qui a classifié ainsi les différentes variations d’aspect et de tempérament existant dans la nature, variations influencées par le milieu, puis
l’homme a lui-même influencé la reproduction canine pour aboutir à des chiens « à son goût ».
Au cours du XIX e siècle, principalement, l’homme a codifié la notion de race en établissant des « standards » regroupant les différents critères physiques et bien souvent aussi le caractère de l’ensemble des chiens appartenant à une même race, permettant ainsi la sélection canine et ainsi
l’amélioration, l’affinement des caractéristiques des chiens appartenant à une même race. Le problème, c’est qu’au début les individus ne reproduisaient pas forcément leurs caractéristiques car issus de parents
hétérogènes. L’homme est arrivé à stabiliser les races dans le temps en utilisant la consanguinité étroite entre animaux d’une même famille se ressemblant à l’origine (inbreeding).
Certains éleveurs sélectionnent sur le phénotype, c’est-à-dire qu’ils voient un étalon qui leur plaît et s’empressent de lui faire saillir leur chienne sans s’occuper de la généalogie, de la compatibilité des deux partenaires, croyant ainsi que par l’opération du Saint Esprit les chiots vont hériter
des qualités du père et effaceront les défauts de la mère ! C’est rarement le cas, ça serait trop facile !
D’une part, il faut être à deux pour faire les chiots (à n’en pas douter les chiots hériteront également de la mère), d’autre part, on risque de mettre à jour des défauts insoupçonnés ! D’autres essaient de faire reproduire des partenaires présentant des défauts inverses ! C’est encore pire, une
partie des chiots héritera probablement des défauts du père, l’autre probablement des défauts de la mère ! La seule bonne démarche est de collationner le maximum de renseignements sur les deux parents :
· Les qualités et défauts de leurs parents.
· Les qualités et défauts de leurs frères et
sœurs.
· Etc…
Plus on en connaîtra sur la famille, plus les résultats du mariage seront prévisibles !
Prévisibles mais pas certains, rien n’est certain en élevage, les lois de l’hérédité sont extrêmement complexes à cause du nombre de gènes mis en œuvre (un individu est composé de plusieurs milliards de gènes hérités, au hasard, de ses parents) et ne se vérifient que pour les grands nombres !
On travaillera alors non plus sur des individus, mais sur des lignées, on y détectera les points forts et les points faibles des familles des chiens qu’on veut utiliser, on détectera les compatibilités (ou incompatibilités) d’une manière beaucoup plus précise qu’en se fiant à un individu unique.

Car un individu peut être une exception
dans une portée et ne pas transmettre ce
qu’on souhaite, mais transmettre surtout
ce qu’on ne souhaite pas !
De nos jours il existe plusieurs méthodes d’élevage permettant de maintenir ces races au cours des générations, voire même d’en améliorer les caractéristiques.
Au cours de son existence un élevage va,
en général, utiliser les 3 méthodes alternativement. Aucune de ces méthodes ne doit être utilisée par facilité, toute reproduction doit faire l’objet d’une réflexion approfondie et présuppose une très bonne connaissance des sujets impliqués ainsi que de leurs lignées, même et surtout dans le cas de l’outcrossing.

Dans le cas de la consanguinité, il faut que
cette consanguinité soit bien réfléchie et ne pas perdre de vue l’intérêt pour la race, car c’est une arme à double tranchant : en fixant les caractères désirables on fixe également les caractères indésirables, en particulier les tares génétiques, mais en aucun cas la consanguinité ne les crée!

Outcrossing : Élevage sans recours à la consanguinité À un moment où le Staffie est en pleine dégringolade question type, ce mode d’élevage ne devrait être tenté qu’exceptionnellement et par des éleveurs très expérimentés, donc à proscrire pour les éleveurs occasionnels !


Avantages :

  • Peut masquer (dans une certaine mesure)
    les tares et les défauts.
  • Permet une réorientation de l’élevage.
  • Élargit le pool génétique de l’élevage.
  • Renforce la santé et la vitalité des produits.
    Inconvénients :
  • Perte de type.
  • Résultats imprévisibles.
  • Risque de perdre les qualités de l’élevage.
  • Risque d’introduire de nouveaux défauts
    et tares.
  • Manque de stabilité dans la reproduction des descendants.

Inbreeding : Consanguinité étroite Père x Fille ou Mère x Fils, demi-frère x demi-soeur, rand-père x petite fille, grand-mère x petit-fils.
L’inbreeding se fait dans la famille. À manier avec précaution, réservée à des éleveurs expérimentés, ce type de consanguinité peut être la meilleure ou la pire des choses ! Peut être très utile avec un sujet exceptionnel en fin de période de reproduction pour continuer à élever sur le type.


Avantages :

  • Fixe les qualités.
  • Renforce et fixe le type.
  • Stabilise la reproduction des descendants.
  • Permet de se rendre compte rapidement
    des défauts et tares et ainsi facilite leur élimination.

Inconvénients :

  • Fixe les défauts (y compris les tares).
  • Peut diffuser plus rapidement de nouvelles tares (très rare).
  • Diminue le pool génétique de l’élevage.
  • Diminue la vitalité et la fertilité.

Line Breeding : Consanguinité lointaine Accouplement de deux individus ayant au moins un ancêtre commun. Le line breeding se fait dans la lignée.
C’est le mode d’élevage qu’on devrait utiliser par défaut si on est éleveur débutant ou occasionnel, à condition que les deux parents se ressemblent un tant soit peu, à ce prix on maintient le type et c’est ce qui compte ! C’est la voie médiane avec les avantages et inconvénients des deux autres méthodes mais d’amplitude réduite. Permet donc un maximum de qualités avec un minimum de risques.

La consanguinité n’est pas le mal absolu comme certains le pensent, dans certains cas, elle rend les chiots non viables, fait ressortir les maladies génétiques, certes, mais ces maladies sont préexistantes dans la race. Tous les animaux vivant en meute pratiquent la consanguinité d’une manière
beaucoup plus étroite que ce qu’on peut trouver dans les élevages ! Si on prend l’exemple du loup, ancêtre du chien, depuis des temps immémoriaux le mâle dominant saillit toutes les femelles de sa meute, sa mère, sa grand-mère, ses filles, petites filles, ses sœurs, nièces… pourtant la race persiste encore, elle est robuste et n’a pas dégénéré. C’est la nature qui s’est chargée d’éliminer les faibles, les non viables.


Dans les élevages, cette élimination n’existe pas, on ne se préoccupe presque que de l’aspect des produits, on essaie de sauver coûte que coûte le chiot anormal ou trop faible parce qu’il a une valeur marchande, si celui-ci, une fois adulte, correspond au standard, il reproduira, transmettant sa faiblesse ou ses tares à sa descendance.

En conclusion, ce n’est pas la consanguinité qui est en cause dans la faiblesse des chiens de race, mais l’usage que l’homme en fait !

La consanguinité devra être pratiquée uniquement avec des individus aussi
sains que la science du moment permet de
tester.


Quelle que soit la méthode de sélection
adoptée, on ne peut faire de travail sérieux
sans quelques notions de génétique.

La génétique est la science qui explique les
mécanismes de transmission de l’hérédité.

Voici quelques explications très simplifiées sur les mécanismes qui président à la reproduction et la définition de quelques termes dont la signification est souvent mal connue !
Définitions de base :Tous les êtres vivants sont composés de cellules. Dans les noyaux des cellules se trouvent les chromosomes rangés par paires (sauf les chromosomes sexuels), le nombre de chromosomes est fixe pour une
espèce. L’ensemble des chromosomes décrit totalement toutes les caractéristiques de l’être vivant.
Les chromosomes non sexuels sont appelés autosomes, ils ont grossièrement la forme de bâtonnets, ils sont rangés par paire.
L’espèce canine a 78 chromosomes = 38 paires d’autosomes + 2 sexuels.
On ne peut parler de paires dans les chromosomes sexuels car si la femelle a bien une paire de chromosomes ayant grossièrement la forme d’un X, le mâle a un chromosome en X et l’autre en Y.
Les unités d’informations contenues dans une même paire de chromosomes, toujours à la même place (locus) sont appelées
gènes. Un allèle est la version individuelle du gène située dans un seul chromosome.

De deux choses l’une :
· Soit l’information contenue dans l’allèle es la même dans la paire de chromosomes, l’individu est dit homozygote pour le critère contenu dans ce gène.
· Soit l’information est différente dans chacune des deux allèles, l’individu est dit hétérozygote.
Dans le cas d’un gène hétérozygote, l’individu exprimera l’information d’un seul allèle, celui-ci sera appelé dominant, l’autre sera appelé récessif. Mais un chien ne peut être totalement homozygote, il ne l’est que pour certains critères !
Les chromosomes sont composés de longues chaînes d’ADN plus des protéines. On va s’arrêter là question détails !
Presque toutes les cellules de l’individu contiennent donc ces chromosomes par paires sauf les globules rouges qui n’ont pas de noyau et les gamètes qui ne possèdent qu’une copie du gène. Les gamètes sont les cellules sexuelles, le spermatozoïde = gamète mâle et l’ovocyte = gamète
femelle.
· Chaque spermatozoïde ou ovocyte reçoit une information différente (chaque allèle vient soit du père soit de la mère de l’individu).
· Lors de la fécondation, le réassemblage de l’information se fait au hasard.
· C’est la loterie !
Lors de la fécondation, les gamètes complémentaires s’associent pour former l’œuf ou zygote puis les cellules composant le nouvel individu, chaque cellule aura le nombre de chromosomes spécifique de l’espèce et ces chromosomes seront rangés par paire, l’un venant de la mère, l’autre du père.

Dans la plupart des cas, l’information génétique est transmise de génération en génération sans changements.

MAIS !!! Sous des influences extérieures il arrive que pour un gène la copie ne soit pas parfaite ! C’est ce qu’on appelle une mutation. Cette mutation est soit bénéfique (par exemple meilleure adaptation au climat), soit maléfique. L’individu mutant transmettra alors son gène mutant
à sa descendance et non plus le gène qu’il a hérité de ses parents. C’est de là que viennent les tares génétiques. Dans la plupart des cas (tare génétique autosomique récessive), l’individu lui-même ne sera pas affecté et sa descendance directe non plus.
Ce n’est que plus tard quand lui ou ses descendants reproduiront entre eux, la tare ne sera plus latente mais active !
On va étudier plus précisément le mode de transmission dans le chapitre suivant :
« Transmission des tares génétiques ».

Génotype/Phénotype


Le génotype c’est l’ensemble des gènes possibles communs à toute une race.
L’expression individuelle de ce génotype est le phénotype. Le phénotype, naît, vit, se reproduit, meurt tandis que le génotype persiste à travers les générations. Le phénotype est influencé par le milieu et d’autres causes (sélection humaine par exemple).
Par exemple dans la nature, dans un climat froid, les individus phénotypes) ayant un gène poil long auront plus de chance de survie que les individus à poil court, la plupart des individus à poils court mourront sans descendance et ainsi peu à peu, de génération en génération, le gène poil court tendra à disparaître de cet environnement, c’est l’influence du milieu.
Mais maintenant, si l’homme préfère des chiens à poil court il ne fera reproduire que des individus à poil court. Et ainsi de génération en génération, de moins en moins de chiens à poil long naîtront dans
l’environnement humain. C’est la notion purement humaine de race
qui guide la sélection humaine, c’est ainsi qu’on est passé du loup aux différentes races de chiens, chiens qui dans la nature auraient servi de nourriture aux loups originels (influence du milieu) !


Au cours de la reproduction, chacun des partenaires fournit la moitié de ses chromosomes (1 de chaque paire) qui sont transmis à l’identique (en principe) à chacun des enfants.
Chacun de ces chromosomes est issu de la paire du parent qui l’a reçue lui-même de ses parents… Par exemple sur un individu donné le père donne le chromosome autosome n°1 qu’il a reçu de sa mère, le n°2 qu’il a reçu de sa mère, le n°3 qu’il a reçu de son père…


Sur un autre ce sera le n°1 qu’il a reçu de son père, le n°2 qu’il a reçu de sa mère, le n°3 qu’il a reçu de sa mère…


La conséquence, c’est qu’un individu donné est pratiquement unique puisque ce mode de transmission permet des milliards de combinaisons !
La seconde conséquence c’est que c’est le père qui détermine le sexe puisque c’est lui qui transmettra soit un chromosome X soit un chromosome Y à son enfant.

Les gènes sont donc censés se reproduire à l’identique de génération en génération, mais… il arrive que la copie soit incomplète, différente de l’original, c’est ce qu’on appelle une mutation. Elles apparaissent spontanément ou sous l’influence d’agents chimiques ou physiques appelés
mutagènes, par exemple un changement de l’environnement peut amener des mutations permettant une meilleure adaptation car seuls les mieux adaptés survivent, c’est ce qu’on appelle l’évolution.
Ce phénomène se produit sans arrêt chez tous les êtres vivants. On considère que tout être vivant a au moins 10 gènes défectueux (ou mutants). Ça n’a en général que peu d’importance dans la mesure où, dans
la plupart des cas elle n’intéressera que des caractéristiques mineures de l’individu.

Les mutations peuvent être soit bénéfiques amenant une meilleure adaptation, une amélioration de l’espèce, soit maléfique c’est ce qu’on appelle une tare génétique.

L’individu mutant transmettra ses gènes modifiés à sa descendance (et pas les gènes de ses parents).

Pool génétique


Tout le monde en parle mais peu savent ce
que c’est ! En voici la définition : “Ensemble des gènes que possède en commun un groupe d’êtres vivants, animaux ou végétaux, appartenant à la même espèce et vivant dans le même milieu au même moment.”
Les individus de la population (phénotypes) ne peuvent posséder que des gènes qui appartiennent à ce pool génétique (aux
mutations près). Si le phénotype n’existe
que de sa naissance et à sa mort, le pool
génétique existe à travers les générations.
La variabilité génétique de cette population est donc limitée par l’importance du
pool génétique. Au sein de cette population les individus se multiplient d’une manière anarchique mais le pool génétique ne s’accroît pas avec le temps, les quelques
mutations n’influent pas profondément sur
ce pool, car ils n’intéressent qu’une dizaine
de gènes sur plusieurs dizaines de milliers
par individu.
Par contre il a tendance à se réduire naturellement chez les canidés, par exemple,
même dans une population naturelle, par
l’existence de dominants, mâles comme
femelles qui reproduiront plus que les
autres et élimineront le cas échéant les
produits des plus faibles. Donc peu à peu
on retrouvera de plus en plus d’occurrences des gènes des phénotypes dominants dans le pool génétique.

Donc les individus à venir auront de moins en moins de chances d’hériter des gènes des plus faibles (tout en héritant, bien sûr, de plus en plus des gènes des dominants).
Le pool génétique est donc plus restreint de fait.

Maintenant un exemple simple : Un éleveur dispose d’un mâle A et deux femelles B et C au début de son élevage. Son pool génétique est donc composé des gènes de A, de B et de C. Quelques années plus tard, sa femelle C est morte sans descendance et il a gardé des produits de son mâle et de sa femelle restante et les a fait reproduire ensemble, il a 10 individus de
plus qui possèdent donc uniquement les gènes de A et de B. Son nombre de chiens est de 12 mais son pool génétique se résume à A et B.
Donc le pool génétique et la variabilité génétique dans son élevage ont diminué alors que son cheptel a augmenté ! Il était de 3 au début alors qu’il est passé à 2 alors que les individus sont 4 fois plus nombreux qu’au début.

On peut donc avoir une population très nombreuse avec un pool génétique très réduit. Un phénomène qui accroît encore la vitesse de réduction du pool génétique : l’intervention humaine.
La notion de race n’existe pas dans la
nature, c’est une invention humaine. La
notion de standard, plus moderne, existe
encore moins dans la nature ! Le standard est un ensemble de caractéristiques physiques visibles et mentales qui constituent un idéal vers lequel les individus appartenant à une race doivent tendre. Donc plutôt que de laisser la population entière forniquer et se reproduire librement, l’homme va empêcher les individus les plus éloignés de ce standard de reproduire et contrôler la reproduction des individus qui
s’en approchent le plus, pour toujours plus s’en approcher (ou tout au moins espérer).

Ainsi seule une petite partie de la population va se reproduire (la crème de la crème) et le pool génétique va chuter d’une manière vertigineuse (mais en concentrant, génération après génération, les caractéristiques de la race), ainsi que la variabilité génétique qui sera nulle le jour (lointain)
où tous les chiens de la race répondront parfaitement au standard !
Par exemple au début du Staffie, à la fin des années 30, il y avait 6 grandes lignées de Staffies en Angleterre, celles des premiers grands géniteurs de la race :

  • J line (Fearless Joe)
  • M line (Brindle Mick – lignée de Gentle-
    men Jim)
  • L line (Game Lad)
  • B line (Rum Bottle)
  • R line (Ribchester Max)
  • C line (Ciderbank Beauty)
    Depuis bien longtemps (1980 environ) 5 de ces lignées ont disparu et seule la M line persiste.

Il reste quelques gènes des autres lignées dans la race mais d’une manière très diluée et on va vers l’élimination complète de ces gènes génération après génération ! Donc même en Angleterre, le pool génétique du Staffie est devenu très pauvre, surtout si on considère l’influence d’un géniteur d’exception dans les années 80 : Black Tusker !
En conclusion : On peut voir ainsi l’importance de chaque reproducteur dans la race, plus un chien est utilisé, plus son influence dans la race
est importante (occurrence de ses gènes), l’utilisation d’un chien atypique peut faire sentir son influence sur des dizaines d’années !
Depuis quelques années on voit plusieurs
reproducteurs avec des têtes totalement
atypiques (fripées, babines pendantes…),
reproducteurs cotés et même champions à cause de l’incompétence des juges français, il faut réagir d’urgence, retirer ces chiens de la reproduction et les remplacer par des sujets à tête typique avant que le phénomène ne devienne irréversible, créant ainsi une nouvelle race n’ayant plus grand-
chose à voir avec le staffie !

Éradication des tares génétiques

Doit-on obligatoirement éradiquer toutes les tares génétiques ? La réponse évidente pour le particulier sera oui, n’ayant pas envie que son chien souffre d’un handicap !
La réponse du généticien, du scientifique, sera non, puisque chez chaque être vivant certains gènes sont défectueux, et que de nouvelles tares apparaissent inéluctablement au cours des générations, il est totalement impossible de créer des individus indemnes de toutes tares et surtout de
maintenir cette pureté au cours du temps !
Le but de l’éleveur/sélectionneur ne sera donc pas forcément d’éradiquer ces tares, mais de composer avec et d’en minimiser les effets, de faire en sorte que certaines tares n’existent dans la race qu’à l’état latent mais ne s’expriment pas ! Les choix impliquent les risques La notion de Race n’existe, rappelons le, que parce que l’homme en a décidé ainsi, dans la nature la reproduction se fait « au petit bonheur » et c’est la règle du plus
fort et du mieux adapté qui prime.

L’homme en a donc décidé autrement, il a lui-même adapté le chien à ses goûts divers, gérant aptitudes et aspect, pour cela il a même sélectionné sur des tares génétiques et les a encouragées pour créer des races, c’est surtout dans le domaine du physique qu’on a encouragé ces tares !
C’est comme ça qu’en 20000 ans de domestication on est passé du Loup au Chihuahua par exemple, type qui n’aurait aucune chance dans la nature et que la loi du plus fort aurait bien vite fait d’éliminer !
Un autre exemple, le Berger Allemand moderne, là on a conservé le gabarit et l’aspect du Loup originel, mais… pour des raisons esthétiques qui ne se justifient pas au point de vue aptitudes on a préféré le sélectionner hyper-angulé, créant ainsi une articulation extrêmement faible, sensible aux problèmes de dysplasie de la hanche, une faible déformation de la tête du fémur (normale dans la nature), qui ne poserait pas de problème dans une race avec une articulation plus fonctionnelle peut s’avérer catastrophique dans cette race !

Dans le cas du Saffie, la sélection sur une peau épaisse et grasse protectrice et un poil ras a généré une sensibilité au démodex (de même que chez l’homme une peau grasse est une peau à points noirs, manifestation humaine du démodex).
Il est donc tout à fait normal qu’une manifestation de légère démodécie soit normale dans la race (comme chez l’homme l’acné juvénile).

La rançon de la popularité

Par contre ce qui est totalement anormal dans la race, c’est la dysplasie de la hanche, elle n’existait pas à l’origine et n’avait aucune raison d’apparaître dans la race : l’arrière-main robuste sans excès ni manque d’angulation, la taille modérée du chien, son aspect sportif sans lourdeur ne le disposait pas à cette tare.
La dysplasie est apparue récemment chez le Staffordshire Bull Terrier, à cause de mauvaises pratiques des éleveurs et des propriétaires, elle atteint un taux maintenant alarmant puisque le Staffordshire Bull Terrier qui est maintenant classé au 19 e rang des races les plus touchées aux Etats-Unis.
En effet certains ont tenté d’alourdir la race pour flatter le goût du public tout en lui donnant une existence plus sédentaire, l’engouement pour la race a été aussi responsable de la diffusion de cette tare puisqu’on a fait reproduire n’importe quoi, n’importe comment… pour le fric!

Les tares sont là,comment s’en débarrasser ?


Le but n’est pas de produire des animaux parfaits,
mais des animaux en bonne santé.


La méthode radicale

Retirez tous les chiens suspects de transmettre la tare de la reproduction.
Ça ne pourra être envisagé que pour les tares très graves et relativement peu répandues, sinon on fera disparaître la race en faisant disparaître la tare !

Si on ne connaît pas l’origine de la tare, toute politique d’éradication donnera, aux mieux des résultats très mitigés, sinon vouée à l’échec.
Il y une quarantaine d’années les Allemands ont voulu éliminer le monorchidisme / cryptorchidisme dans le boxer, ils ont éliminé de la reproduction non seulement les individus atteints, mais également
tous leurs collatéraux, plusieurs années après ils ont découvert qu’il y avait toujours la même proportion de monorchides / cryptorchides dans la race.
On ne peut pourtant pas dire que cette campagne ait été un échec, car le taux de chiens atteints s’est stabilisé, qui sait s’il n’aurait pas fortement augmenté si on n’avait rien fait.
Par contre, il y a dégradation du pool génétique, on se prive ainsi de lignées
entières, il peut également se produire une perte de conformité au standard dans la mesure où on peut avoir recours à des sujets moins typés qui n’ont d’intérêt que de ne pas être impactés par la tare et qui reproduiront pour palier l’insuffisance d’individus sains, augmentant ainsi l’occurrence de gènes néfastes dans la race.

Maintenant on considère, dans quasiment tous les pays, qu’en se contentant d’éliminer de la reproduction les sujets atteints on maintient la tare à un niveau acceptable.
Ceci démontre les limites de la méthode radicale. Mais par simple précaution c’est une bonne politique que de ne pas faire reproduire les animaux malades.

Dans le cas où une tare est fortement implantée dans la race.
Cette méthode n’a aucun intérêt si on l’utilise par facilité, si on a simplement le « malheur » d’avoir un porteur sain dans son élevage sans que les qualités de celui-ci justifient le recours à cet individu car on
dispose par ailleurs de collatéraux présentant les mêmes qualités mais étant indemnes. Elle nécessite un recours systématique aux tests génétiques existants.
L’inconvénient est que si on ne joue pas le jeu on risque fort de produire des malades.

Les politiques des clubs Suivant les connaissances des membres de la commission d’élevage et les sensibilités
personnelles, les politiques des clubs sont
très différentes. Les inconvénients d’une
politique trop restrictive sont qu’elle ouvre
la porte à la tricherie et pousse à l’utilisation de chiens qui n’ont, comme qualité, que le fait d’être indemnes de la tare concernée, encombrant ainsi le pool génétique de caractères indésirables susceptibles, à terme, de remettre en cause les caractéristiques mêmes de la race.
La politique à suivre est, à mon avis, une
politique incitative par le biais de la grille
de cotation, favorisant les chiens de qua-
lité indemnes de cette tare.
Ainsi la tentation de tricherie n’est pas
trop grande mais le recours aux chiens
porteurs sains est sanctionné par rapport
aux chiens de qualité indemnes sans que
ça soit interdit.
C’est la politique qu’applique le CFABAS
à l’heure actuelle.